vendredi 14 décembre 2012

Un peu de couleur

Peindre, pour moi, c'est montrer ce que je vois. Pas faire une copie de l'image comme si je faisais une photo, non. Montrer ce que je vois, moi. Même si, et surtout, je ne vois pas comme tout le monde. 
 
 Huile sur toile de 2008.

J'ai une grande passion pour la couleur. Pour les couleurs.
La Bretagne, région de mon enfance, en a des milliers. A toutes les heures du jour, même de la nuit. 
Je ne dis pas que la Bretagne est la plus belle région au monde, cela signifierait que je ne suis jamais sortie de chez moi, que je n'ai rien vu. Au contraire. J'ai vécu à Paris, en Provence, en Martinique, j'ai vu le Sahara, l'Asie, l'Himalaya, la Grèce, l'Italie, et j'en passe. J'ai adoré chacune de ces régions, plus magnifique les unes que les autres, sans jamais décider qu'une valait mieux qu'une autre. Jamais. Je ne vous dirais pas que Petra ne vaudra jamais le Mont-Saint-Michel, faut pas déconner. Que les Caraïbes ne seront jamais aussi funky que se les geler dans la mer à 9° de Bénodet un quinze août.
Mais quand j'entends qu'en Bretagne il pleut tout le temps, que c'est gris et tout, ça m'énerve un peu. 
D'abord parce que moi, la pluie, ça ne me dérange pas. Au contraire. Le grand soleil me fait mal aux yeux. Ensuite, comment vous croyez que ces régions sont verdoyantes?



Evidemment, s'il y a des milliers de nuances de couleurs dans la journée, le moment où tout ça explose le plus, c'est au lever, ou au coucher du soleil!

jeudi 13 décembre 2012

A marée basse: la toile et son processus

Pour ce jeudi, quatrième jour de ma petite semaine consacrée aux toiles réalisées à Camaret-sur-Mer, le plus souvent peintes en plein air d'ailleurs.
Je me rends bien compte qu'il faudrait bien plus d'une semaine pour tout montrer, mais à partir de lundi prochain, je passe à des œuvres plus récentes. (Quitte à revenir sur Camaret un peu plus tard, hein). 

Alors, pour aujourd'hui, j'ai choisi une toile de taille moyenne (10 F si ma mémoire est bonne), faite en premier jet sur l'Ile de Sein, et terminée chez moi ensuite. 
Ce qu'il y avait de bien à Camaret, c'est que des bateaux faisaient la navette - assez fréquemment pendant la saison touristique - entre le port de Camaret et les différentes îles voisines: Sein, Molène... On partait le matin avec son pique nique ou son barda de peintre (ça c'était moi) et on rentrait le soir.
L'idéal pour la mordue de peinture en plein air que j'étais! 


Je trouve que je prends trop rarement des photos de mes toiles en cours de réalisation. On voit ici ma technique fétiche de travail de la couleur: commencer par placer les complémentaires.


Une fois que les complémentaires sont posées, on passe aux couleurs telles qu'on veut les montrer. Parce que dans un ciel breton, il n'y a pas que du gris, il y a aussi du violet, du rose, du jaune, et avec un peu de patience, et si vous êtes attentifs aux nuances, vous pourrez voir tout l'arc en ciel dans la même journée. 
Parce que la mer, pour moi, ne pourra jamais se résoudre à être banalement, et tristement, bleue.

mercredi 12 décembre 2012

Les épaves

Aujourd'hui, troisième jour de la semaine que j'ai décidé de consacrer aux toiles peintes à Camaret-sur-Mer. En toute logique, après le cimetière des bateaux et la Tour Vauban, j'aurais dû vous présenter la Chapelle Rocamadour, pour ceux qui connaissent, c'est sur le Sillon, entre le cimetière et la Tour. 
Mais avant ça, j'avais envie de montrer d'autres bateaux abandonnés. 
Après tout, c'est dans la lignée de la grandeur passée d'un port qui n'est plus une place-forte stratégique, ni un grand port de pêche... 

Une huile sur toile, Dans la brume
(Avec la chapelle dans le fond). 

Une vue du port.
C'est avec des toiles comme celle-ci que l'on mesure la nécessité de retravailler ses toiles encore et toujours. 
J'ai un grand principe: on ne jette/ déchire/ détruit jamais une oeuvre, peinte ou dessinée, ou sculptée.Même si on n'est pas satisfait, ou même si on la juge ratée. 
Bien souvent c'est qu'on a passé trop de temps dessus, on sature, alors on s'imagine qu'on ne peut plus la voir. Et c'est vrai. Mais pour cela, il n'y a pas besoin de la détruire! Il suffit de la mettre de côté. 
Cette toile-là a attendu son heure. 
Patiemment, tournée vers le mur, ne me montrant que son châssis le temps que me revienne l'envie de la terminer.

Et voilà ce que ça a donné au final! Il suffisait juste de la "meubler" un peu.

mardi 11 décembre 2012

La Tour Vauban

Cette semaine, j'ai envie de faire un petit cycle avec les oeuvres que j'ai produites lors de mon séjour à Camaret-sur-Mer, séjour qui a tout de même duré trois-quatre ans. 


Aujourd'hui, je vous présente une autre toile, faite assez vite après mon installation. 
Une autre toile réalisée en plein air! 
Même si je prenais à l'époque de nombreuses photos du Sillon, à Camaret, pour pouvoir travailler tranquillement chez moi ensuite, je l'ai faite presque entièrement hors de chez moi, sur le Sillon, confortablement installée sur mon chevalet de campagne, avec mon sac à dos de pêcheur, qui inclut un petit tabouret pliant. 

La Tour Vauban a été classée monument historique en 1907, et elle apparaît dans deux tomes de L'Epervier, vous savez, la bande dessinée de Patrice Pellerin.
En tout cas je crois que la tour, qui ne paye pas vraiment de mine comme ça, a servi au moins une fois à repousser les Anglais. (Et un petit tour sur la page wiki de la Tour Vauban vous renseignera plus que moi). 

Mais surtout, surtout, j'ai appris par des copains qu'on avait récemment amorcé des travaux de rénovation sur la Tour Vauban. Et après, qui sait? On y organisera peut être des visites!

La photo que je vous présente, est une huile sur toile, vendue, que j'avais également faite éditer en cartes postales et affiches.

lundi 10 décembre 2012

Une marine entre joliesse et tristesse

Pour bien commencer la semaine, une de mes toiles. 
Parce que ce n'est pas le tout de faire des expositions (qui marchent). 
Il est plus que temps de vous montrer ce dont je suis capable (ou, comme dirait ma fille, de sortir les bollocks. Quand elle parle comme ça, je nie toute relation de parenté). 


Tâ-dâm! 
Une huile sur toile peinte à Camaret-sur-Mer, celles et ceux qui connaissent reconnaîtront peut être le cimetière des bateaux. 
J'ai vécu quelques années à Camaret, c'est d'ailleurs de ce temps là que j'ai le plus mis en pratique ma grande passion de la peinture en plein air. 

Ce tableau, sans prétention aucune, fait partie de ceux dont je suis le plus fière. Celui que j'avais utilisé pour mes cartes de visite et pour mes affiches de l'époque, celui que j'avais fait éditer en posters... 

Et le premier à être parti de ma galerie!
Car j'ai tenu une galerie à Camaret, la galerie Seizenn Glao, le nom avait été trouvé par mon frère, et ma fille m'avait filé un bon coup de main pendant ses vacances d'été, tenant la "boutique" pendant que je travaillais... 

Le cimetière des bateaux était toujours source d'émotions pour moi. J'y voyais ces grandes carcasses délabrées, inutilisables, mises au rebut. Et puis, surtout à marée basse, je voyais aussi des enfants grimper sur ce qui n'était pas encore trop pourri, cavaler des cales aux ponts en s'inventant des histoires de corsaires et de pirates... En voyant ça, je me disais que jamais rien ne meurt complètement, qu'il y avait toujours de la vie pour briller à nouveau après la mort, malgré la mort. 
Et je me sentais bien.

vendredi 7 décembre 2012

Peut-être que vous avez regardé fixement l'eau d'une rivière.

Il y avait quelqu'un près de vous qui vous aimait. On allait vous toucher. Vous l'avez senti avant que cela n'arrive. Et puis c'est arrivé. C'est ça, mon nom. 
Je me considère parfois comme une sacrée veinarde. 
Bien sûr, pour les gens de ma génération, surtout les femmes, il y a eu des combats durs à mener, et je me souviens très bien de l'époque où j'avais le droit de voter mais tout juste: pas tellement le droit de prendre des décisions sans l'accord de mon père ou de mon mari, d'ouvrir un compte ou de décider si j'ai envie d'avoir un enfant ou pas.
Et je suis ravie, même s'il y a encore des progrès à faire et si on a encore besoin du féminisme, je suis quand même bien contente de voir que les femmes ont, de plus en plus, la liberté de disposer de leur vie et de leur corps comme elles le veulent. 

Mais ma chance, comme pour toutes celles et tous ceux de ma génération, a été de connaître une flopée d'écrivains et de musiciens de génie, de leur vivant. Dans ma jeunesse, j'ai plongé corps et âme dans cette culture qu'on a qualifiée plus tard comme étant celle de la "Beat Generation". 
La génération battue- béate, je n'ai jamais vraiment cherché à déterminer lequel des deux termes nous a caractérisé le plus, parce que je crois qu'aucun des deux, au final, ne nous allait. 
Mais qu'importe. 

Pour ce que je vais vous raconter, il faut savoir qu'au Château du Colombier, il y a un étang. D'après ce que mes historiens de fille et de copain-de-ma-fille m'ont dit - et ont raconté aux Journées du Patrimoine - au XIX° siècle, l'étang en question était deux fois plus grand. 
Même s'il est de taille plus petite aujourd'hui, j'aime bien aller m'asseoir près de cet étang, en plus il y a une espèce de petite terrasse aménagée avec des chaises longues - oui, maintenant je vais aussi au Colombier pour regarder un étang parce que les proprios sont des copains, na na nère - c'est calme, reposant, et joli. 
Quand je vais au bord de l'étang, je ne peux pas m'empêcher de penser à ce livre:
 ça, c'est l'édition plus récente qu'on trouve partout. On a racheté celle ci parce que c'est toujours bon d'avoir un Brautigan manipulable sous le coude, on a moins de scrupules à le prêter à des amis avec la peur de le perdre et/ou de le voir abîmé.
Mais mon édition à moi que j'avais à l'époque, c'était celle là:
 Je n'ai jamais pu m'empêcher de trouver cette édition super classe. 
Allez savoir pourquoi. 

Et puis, évidemment, ce petit lac me rappelle ceci:
(Essayez, juste pour voir, de lire un bout de Sucre de Pastèque, ou de La Pêche à la truite en Amérique en écoutant cette chanson. Effet garanti). 

Évidemment, le week end de l'exposition, je n'ai pas pu m'en empêcher. Je suis allée voir l'étang. Sauf que ce matin là, je n'étais pas la seule. 
Deux petits garçons, je dirais fin primaire début collège, qui étaient là pour pêcher, avec le plus grand sérieux. 
J'ai été une mordue de pêche pendant des années, avant que des problèmes personnels et mon état de santé ne me l'interdisent. Je n'ai pas pu m'empêcher de regarder leur matériel, sans y toucher, bien sûr. De voir comment ils s'y prenaient, ce qu'ils utilisaient. J'étais épatée par leur application, leur minutie, leur concentration. 
Je ne sais pas s'ils sont pareils à l'école où si on leur dit "si tu consacrais autant de temps à tes devoirs qu'à la pêche...", parce qu'à mon avis, ils ont appris dans la plus belle école qui soit. 
Je leur ai demandé si la pêche était bonne. L'un d'eux a hoché la tête, et pendant que son camarade me répondait que oui, pas mal, ça allait bien, il a filé chercher quelque chose. J'ai d'abord cru que je l'ennuyais et qu'il voulait me faire comprendre qu'il n'avait pas que ça à faire, répondre à mes questions. 
Mais pas du tout. 
Il a bondi à côté de moi quelques secondes plus tard: s'il était parti sans un mot, c'était pour aller chercher son appareil photo pour me montrer leur prise du matin, et il m'a montré, tout fier, leur carpe de deux kilos et les brochets dont j'ai oublié le poids, m'expliquant avec une soudaine volubilité ce qu'ils avaient fait depuis le matin. 
-Et qu'est-ce que vous en avez fait, de vos poissons?, j'ai demandé
-Bah, on les remet à l'eau!

Tout simplement. 
Des petits garçons capables de sortir un poisson de l'eau, de lui retirer son hameçon sans un accroc et de le remettre vivant à la flotte, moi, ça m'épate. 
J'irais même jusqu'à dire que ça me rend vraiment, et pleinement, très heureuse. 

 

mardi 4 décembre 2012

Entre les gouttes.

Exposer, je ne le redirais jamais assez, c'est bien. 
Exposer dans un cadre charmant et verdoyant, c'est encore mieux. 
Mais au bout d'un moment, dans un tel cadre, il y aura toujours un truc qui va me manquer. Parfois, ça vire à l'obsession (je plaisante à peine). 
Vous ne devinez pas? 

Bon, je vous laisse découvrir en images. 

Là, on est bien, mais je vous dis, il manque un truc. 

 Vous commencez à deviner, non? 
En tout cas, les enfants n'ont pas traîné à nous griller, d'autant qu'on leur avait laissé la charge de la salle... 

 Voilà!
Il ne me manquait pas grand chose...
Juste un chevalet, mes couleurs, un support et des pinceaux... 
(Tiens, je viens de percuter que j'étais habillée en noir avec un manteau rouge... Ma fille a eu la bonté de m'épargner une référence à Jeanne Mas. La brave enfant.)


  Mais il ne faut pas non plus oublier le travail... Enfin, en l'occurrence, c'est une averse qui nous l'a brutalement rappelé en nous forçant à une retraite précipitée vers la salle d'exposition. 
Puis il est encore venu plein de monde, et on n'a pas pu terminer nos tableaux, Ela et moi. 
Enfin bon, on ne va pas râler non plus, faut pas exagérer.

Ela et son fils aîné, Skarbimir

Et bien sûr, expérience paradoxale: c'est quand la salle et vide qu'on a le temps de prendre des photos!
Ce qui fait que, ces photos, même prises sur le vif, ne reflètent pas entièrement la réalité. Qu'en déduire de nos vies de peintres-qui-exposent?
Vous avez quatre heures, calculette non autorisée.  


La prochaine fois, si vous êtes sages, je vous parlerais de mes cours de peinture. 
En fait, même si vous êtes pas sages. 
Et en bonne fan de Brautigan, je vous parlerais aussi de pêche à la truite. 
Si.